Vive Marek Edelman! Vive la France!

File photo shows Marek Edelman, the last living leader of the Warsaw Ghetto Uprising, in front of the Monument to the Warsaw Ghetto Heroes. Ceremonies commemorating the 1943 Warsaw ghetto uprising against the Nazis takes place in the Polish city every year
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Marek Edelman receives Marek Edelman otrzymuje Order Legii Honorowej
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![]() | Allocution de M. Bernard Kouchner lors de la cérémonie de remise des insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur à M. Marek Edelman (Varsovie, 15 avril 2008) |
Monsieur l’Ambassadeur, Messieurs les Ambassadeurs, Il y a des mots qui apaisent les douleurs et les solitudes, le mot amour et le mot fraternité. Il y a des mots qui claquent comme des oriflammes, le mot combat et le mot camarade. Ajoutons-y Edelman, Marek Edelman. Pour certains d’entre nous, ce mot signifie, à lui tout seul, engagement, fraternité, obstination, liberté et combat. Pour certains d’entre nous, beaucoup qui sont ici, Marek Edelman est notre modèle, notre héros, notre résistant, notre obstiné. Pour nous, pour notre génération, Marek Edelman signifie aussi un regard sur l’Histoire, sur l’Histoire de cette guerre, la dernière Guerre mondiale, sur l’Histoire de l’après guerre, sur l’Histoire du communisme, sur l’Histoire de l’engagement perpétuel au coté des Polonais. Et puis, il y a aussi l’histoire des juifs, l’histoire de la résistance juive. Il y a près de 65 ans, presque jour pour jour, en avril 1943, avec ses compagnons, - dont un est ici encore et que je salue -, Marek prenait la direction de l’Organisation juive de combat et entreprenait l’impensable, l’impossible, l’inachevé, la résistance des juifs et le soulèvement du Ghetto de Varsovie dont nous allons tout à l’heure célébrer la mémoire avec les survivants et avec ce souvenir, qui restera éternellement quand nous-mêmes serons morts, d’un homme qui n’a rien accepté de ce que l’on prêtait aux juifs, d’un homme qui, contre tous et sans doute aussi contre lui-même, lui, l’homme de paix, lui qui sera l’un des plus grands médecins de ce pays, lui qui a entamé le combat, lui qui disait, "nous tirons pour que de l’autre coté du mur on nous entende, nous tirons pour vivre, pour exister, nous tirons parce que nous sommes vivants." Ils étaient cinq et on dit qu’ils n’avaient pas 100 ans à eux cinq. On dit qu’ils étaient une bande de jeunes juifs dépenaillés. On dit qu’il portait un pull-over rouge. Il y avait eu 400.000 déportés à Treblinka, dans les mois précédents, venus du Ghetto de Varsovie. On dira dans les rapports qu’ils étaient 220 pour cette suprême insurrection, la mère de toutes les insurrections. Je ne vais pas vous raconter l’Histoire, c’est Marek qui devrait la raconter et puis, parce que la traduction bride un peu le lyrisme, je vais essayer de résumer mon amour pour lui, ma passion pour lui, mon admiration pour lui. Il a créé des organisations qui ont compté dans l’histoire des juifs. Il était membre du Bund, le refus éternel, c’est-à-dire le refus d’Israël. Il a le droit après tout, et les autres ont le droit de construire Israël. Ils se rencontrent souvent et le Bund, dans l’histoire du mouvement ouvrier des pays de l’Est, c’est capital, c’est central. Il y a eu l’organisation juive de combat, il y a eu le Bund, il y a eu le commandement de l’insurrection du ghetto et puis la mort d’Anielewicz. Marek Edelman est le dernier survivant du commandement du ghetto de Varsovie. Ensuite, il a participé à tous les combats du mouvement ouvrier et des mouvements démocratiques polonais. Lorsque certains d’entre vous l’ont rencontré ici, c’était au moment de Solidarnosc, le mouvement qui nous a tous marqués dans notre histoire nationale, et le retour à l’opposition polonaise en 1975. Mais ce n’était pas le dernier épisode, il y en a eu bien d’autres, à Sarajevo et à propos de l’Irak. Et puis, il a été emprisonné, et puis il a été député, et puis il a continué à militer. Le mot, aussi, qui caractérise Marek, c’est "militant". C’est un éternel militant, c’est un militant sans concession. Parallèlement et en même temps, il était médecin, un grand médecin. Il était cardiologue et chef de service ; et cela aussi nous l’a fait admirer. Il possède à la fois cette humanité profonde, des mains qui touchent le malade, cette technique et une vision politique permanente. Cette vision politique, cette démarche humaine et ces techniques chirurgicales, il les a proposées à ces malades. Je pense qu’ici, pour ce que Marek a créé avec Jacek Kuron, avec Adam Michnik - qui est là -, je voudrais rappeler cet épisode précis de la lutte politique en Pologne. Je voudrais parler, aussi, d’Alina, sa femme, qui fut membre de Médecins du monde, avec qui nous avons travaillé et milité à Paris et qui nous a quittés il y a quelques jours. Je n’ai pas pu être là puisque j’étais en Angleterre à ce moment là pour une visite officielle que Marek sans doute me reprochera. Je pense à Ania qui est là, sa fille, je pense à Alexandre, son fils, qui est à Paris et je ne sépare pas de Marek les membres de sa famille dans son combat permanent, ses enfants et sa femme qui l’ont accompagné. Beaucoup d’entre nous ici sont ses héritiers. C’est très prétentieux de se dire héritier de Marek Edelman, mais pour Médecins sans frontières et Médecins du monde qui sont venus ici, c’était un rêve de lui ressembler et nous avons essayé d’être digne de ses conseils, de ses critiques, de ses colères. Pour moi, Marek est un juif d’épopée, un juif de ténacité, un militant - je l’ai dit -infatigable, un dissident perpétuel, un homme qui n’accepte aucune discipline en dehors de ses convictions, un révolutionnaire fidèle, un social démocrate d’esprit. Au fond, je n’ai jamais rencontré d’homme plus important et je donnerai de lui cette définition qui me vient de mes lectures d’adolescents : Marek Edelman, c’est un "homme véritable". Je sais que beaucoup ici pensent comme moi. Ils auraient voulu lui ressembler. En tout cas, moi, j’aurais voulu lui ressembler. Il me dira que j’ai été trop long. Il me dira que j’ai été prétentieux. Moi, je lui dirai merci. La première fois que je suis revenu ici, j’étais ministre, il m’a dit : "pour un ministre tu n’es pas mal, mais quand même tu es ministre et ça c’est difficile." J’étais avec Jacques Lebas et André Glucksmann et on aimait bien se faire engueuler par Marek. Alors, cela me fait plaisir de lui faire une dernière surprise et une provocation de ma part, mais aussi de la part de la France. Rien, dans ma petite carrière politique - qui n’est pas une carrière - n’est plus important que le geste que je vais faire. Mon admiration et ma fidélité pour lui n’ont jamais été plus grandes, pour personne. Alors, au nom du président de la République française et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je fais de cet éternel combattant, ce juif suprême, ce rebelle de légende, cet exemple pour le monde, je le fais Commandeur de la Légion d’Honneur. |
Wouldn't it be nice if Jews in North America could also remember that?
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